Mark Carney's exclusive Canadian interview

Mark Carney's exclusive Canadian interview

Intervieweur: I wanted to start off on your cabinet selections, and in particular, who you selected for your front bench. I think a lot of Canadians physically would have looked at that front bench today and said it looked remarkably like the previous government. Is that not the opposite of what they elected you to do?

Mark Carney: Eh bien, plusieurs choses ont changé au sein du gouvernement. Par exemple, François-Philippe Champagne est ministre des Finances. Il a occupé ce poste lorsque je suis devenu premier ministre, brièvement après ma victoire à la direction du parti. Il a beaucoup d'expérience, mais pas au poste de ministre des Finances. Maintenant, il aura l'occasion de s'y imposer.

Mélanie Joly passe des Affaires étrangères au ministère de l'Industrie. Ce gouvernement accorde une grande importance à l'économie, et plus particulièrement au coût de la vie, mais aussi à la croissance des salaires et à la création d'emplois pour les Canadiens. Elle joue donc un rôle crucial, mais nouveau pour elle.

Dominic LeBlanc est nommé ministre des Affaires intergouvernementales. J'ai besoin de l'expérience de Dominic à ce poste. Il entretient d'excellentes relations avec plusieurs premiers ministres provinciaux. Au cours des prochains mois, nous allons nous concentrer sur la construction d'une économie canadienne unie et sur la transformation de notre façon de réaliser les grands projets. De plus, il a été l'un des principaux interlocuteurs, sinon le principal, auprès des instances du gouvernement américain inférieures au président (Donald) Trump.

Je ne souhaite donc pas remplacer tout le monde dans ces circonstances. Et puis, vous savez, regardez Anita Anand, qui prend les rênes des Affaires étrangères. C'est un changement important pour ces fonctions.

Il y a donc des similitudes. On retrouve l'expérience, mise à profit différemment. Je suis un nouveau Premier ministre, et considérons le cabinet dans son ensemble, car je ne suis pas certain de bien faire la distinction entre les ministres et le cabinet dans son ensemble.

Nous n'avons que 28 ministres. C'est moins que la quarantaine de certains gouvernements précédents. La moitié de ces ministres sont nouveaux, ils n'ont jamais été ministres auparavant. Dans de nombreux cas, ils sont même nouveaux au Parlement. Nous apportons donc beaucoup d'énergie nouvelle, d'idées nouvelles, de perspectives nouvelles, en plus de l'expérience. Et c'est une bonne équipe, une bonne équipe dirigeante. De mon point de vue, et c'est évident, j'ai passé beaucoup de temps à la constituer ainsi.

Intervieweur: Je comprends votre remarque sur les nouveaux visages, mais même lorsque vous soulignez l'expérience de ceux qui occupent les postes les plus importants, si je les mets en avant, c'est parce qu'ils étaient à l'avant-garde des décisions prises par le gouvernement précédent.

Carney: Je ne suis pas d'accord.

Intervieweur: Absolument. Je veux dire, Mélanie Joly, François-Philippe Champagne, qui était à la tête de la politique industrielle et qui sera maintenant responsable des finances. Dominic LeBlanc a également géré de nombreux dossiers de ce type. Nous avons l'habitude de les entendre justifier et expliquer les décisions prises par Justin Trudeau. Et nous allons de nouveau les entendre.

Carney: Eh bien, tout d'abord, vous m'entendez maintenant. Je suis un nouveau premier ministre. Je suis le 24e premier ministre du Canada. J'ai des objectifs très clairs, que j'ai énoncés lors de mon premier gouvernement, à la table du cabinet : abolir la taxe sur le carbone, juste là, à notre droite, mon premier acte. Mais en nous concentrant sur une économie canadienne unifiée et en éliminant les barrières commerciales internes, nous aurons rempli notre mission d'ici la fête du Canada. Cela signifie que le gouvernement fédéral travaille avec les provinces pour qu'elles puissent lever les obstacles. Certaines avancent très rapidement, comme la Nouvelle-Écosse et l'Ontario, et d'autres aussi. Nous essayons de les convaincre toutes, et de débloquer ces grands projets qui bâtiront cette économie pour les générations futures, non seulement pour la croissance d'aujourd'hui, mais pour celle des générations à venir. C'est une priorité entièrement nouvelle pour ce gouvernement.

Parallèlement, nous travaillons à un partenariat de sécurité économique avec les Américains et à la diversification de nos partenariats commerciaux. Des priorités différentes, des personnes différentes. Il y a eu tellement de différences ; comme je l'ai dit, la moitié du cabinet est renouvelée. Un changement important en termes de priorités, un changement important en termes de rythme. C'est l'une des investitures les plus rapides de l'histoire du Canada. Ce sera l'une des rentrées parlementaires les plus rapides de l'histoire du Canada. Le discours du Trône, que le roi prononcera dans 12 ou 13 jours, énumérera certaines priorités, dont la réussite d'ici la fête du Canada. Nous allons donc nous y atteler avec détermination.

Intervieweur: Alors, comment expliquez-vous, puisque vous l'avez admis aujourd'hui, et ce, tout au long de la campagne, que votre mandat est un mandat de changement ? C'est dans ce contexte que je vous pose ces questions sur les figures importantes de votre cabinet. Comment expliqueriez-vous concrètement aux Canadiens à quoi ressemblera ce changement ? Est-ce que vous seul en êtes responsable ?

Carney: Non. Bon, si je peux me permettre, vous vous concentrez sur le processus et le personnel. Moi, je me concentre sur les résultats. Je parle d'une économie canadienne unifiée. Je parle d'éliminer tous les obstacles fédéraux.

Intervieweur: Mais ce personnel…

Carney: Non, non, non, non, non. Je vous en prie. Permettez-moi de répondre à la question. Il s'agit de résultats concrets qui se produiront ou non. Soit nous adopterons cette loi, soit nous ne l'adopterons pas. Premier point. Deuxièmement, en ce qui concerne la collaboration avec les provinces, les peuples autochtones et les territoires, et la définition du processus de construction nationale – un processus déjà amorcé, auquel j'ai contribué dès mes premiers jours comme premier ministre lors du mandat précédent et que nous allons maintenant accélérer –, je suis déjà en discussion avec les premiers ministres provinciaux et étatiques, notamment Danielle Smith, Scott Moe, Doug Ford, François Legault et Wab Kinew. Je m'excuse d'avance si je ne les ai pas tous mentionnés, mais ils travaillent tous à ce dossier. Nous préparons également la réunion des premiers ministres provinciaux et étatiques de Saskatoon, prévue le 2 juin.

Il s'agit là d'un projet concret. Vous verrez comment nous collaborons sur des projets précis.

Que fait le gouvernement fédéral pour appuyer ces initiatives ? ​​Que faisons-nous concernant nos relations avec les États-Unis ? Ce sont donc des choses bien réelles, et les réduire à des personnes, des visages, du personnel, c'est ignorer la moitié du cabinet, qui est tout nouveau, littéralement, n'ayant jamais siégé au gouvernement auparavant, et qui occupe maintenant des postes très importants au cœur des priorités gouvernementales.

Intervieweur: Ce n'est absolument pas pour minimiser l'importance des nouveaux venus que je pose la question. C'est parce que, pour être juste, j'ai beaucoup suivi ce gouvernement. Ce sont ces ministres qui m'ont répété à maintes reprises que la taxe carbone était le seul moyen de lutter contre les changements climatiques, qui m'ont répété à maintes reprises que la seule façon d'être financièrement responsable était de modifier l'impôt sur les gains en capital. Certes, vous êtes arrivé au pouvoir et vous avez changé cela. Mais ce sont ces mêmes personnes qui, pendant dix ans, ont défendu ce que vous prétendez avoir un mandat pour changer.

Carney: Très bien, soyons clairs sur les mandats. Nous venons d'avoir des élections, vous l'avez peut-être remarqué, je crois que vous les avez couvertes, n'est-ce pas ? Dix-neuf millions de Canadiens ont voté. Jamais auparavant autant de Canadiens n'avaient voté pour un parti politique, le Parti libéral. Nous avons plus de voix que quiconque. Nous détenons la majorité dans sept des dix provinces. Nous avons le plus grand nombre de sièges au Parlement. Et nous avons fait campagne sur un programme de changement très clair. Plus de Canadiens ont choisi ce programme que celui de tout autre parti. Nous avons donc un mandat clair.

Je viens, ainsi que tous les députés, avec la responsabilité de concrétiser ce changement. C'est en cela que les Canadiens ont placé leur confiance. Ils attendent de nous que nous tenions nos promesses. Je vais donc former le cabinet, élaborer le programme législatif et travailler avec les provinces, les peuples autochtones et les territoires afin de répondre aux besoins des Canadiens. Ce sont les Canadiens qui jugeront le changement qu'ils recevront, et c'est bien normal. Et je ferai le nécessaire avec les personnes qui m'entourent pour y parvenir.

Intervieweur: J'aimerais aborder un sujet plus conventionnel lorsqu'on parle de grands projets, à savoir l'énergie. Et plus particulièrement, lorsque vous avez déclaré pendant la campagne vouloir faire du Canada une superpuissance énergétique, entendez-vous par là que vous souhaitez que le Canada exporte davantage de pétrole et de gaz ?

Carney: C'est un élément important, mais pas le seul. Une superpuissance repose sur de multiples facteurs. Prenons l'exemple des États-Unis. Les États-Unis sont une superpuissance grâce à leur économie forte et à leur armée puissante. On peut également affirmer qu'ils le sont grâce à leur influence culturelle – le soft power –, qui est multiple, et tous ces aspects contribuent à leur statut. Ainsi, lorsque je parle de devenir une superpuissance énergétique, je fais toujours référence aux énergies propres et conventionnelles. Qu'est-ce que cela signifie concrètement ? Cela inclut le pétrole et le gaz. Cela signifie utiliser nos propres ressources pétrolières et gazières canadiennes pour réduire autant que possible les importations, notamment en provenance des États-Unis. Il est absurde d'envoyer cet argent au sud de la frontière ou outre-mer. Certes, cela signifie aussi plus d'exportations, sans aucun doute. Mais ce n'est pas tout. Cela ne suffit pas à faire de nous une superpuissance énergétique.

Nous pouvons le devenir, et nous possédons tous les atouts nécessaires : le nucléaire, l'hydroélectricité, et potentiellement le captage et le stockage du carbone, qui seront des facteurs déterminants de la compétitivité et de la productivité dans de nombreux secteurs. Alors, que faisons-nous pour développer tous ces aspects de notre économie ? Que faisons-nous aujourd'hui ? Voyez-vous, si je devais – je ne devrais pas me qualifier ainsi, mais un politicien traditionnel dirait sans doute – nous devrions être jugés sur notre capacité à approuver un seul pipeline, n'est-ce pas ? Et c'est cela qui fera de nous une superpuissance énergétique. C'est un objectif que l'on peut définir et qui constitue un progrès, certes, mais il ne permet pas d'atteindre les objectifs plus ambitieux et il est loin d'être à la hauteur du potentiel du Canada. Nous devons entreprendre plusieurs actions simultanément afin de bâtir cette base, et ainsi créer de la richesse et de la compétitivité, et offrir une vie meilleure aux Canadiens pour les générations à venir.

Nous allons donc être très ambitieux dans de nombreux domaines. C'est pourquoi nous ne demandons pas un seul projet de développement national, mais plusieurs, et nous allons progresser aussi rapidement que possible sur le plus grand nombre d'entre eux.

Intervieweur: Si je comprends bien le point de vue des personnes dont les moyens de subsistance dépendent du secteur de l'énergie conventionnelle, elles ne vous demandent pas « c'est tout, c'est la solution miracle ». Elles veulent plutôt savoir quelle place occupe l'énergie conventionnelle dans vos ambitions. Et ce n'est pas seulement dû au bilan du gouvernement précédent, c'est aussi grâce à vous. Dans votre livre « Valeurs », par exemple, vous abordez en détail la nécessité de réorienter le marché en fonction de l'impératif climatique. Tout au long de la campagne, les Canadiens se demandaient encore : « Est-ce Mark Carney, le premier ministre des valeurs, ou celui de la campagne ? » Allez-vous construire cet oléoduc si un consensus se dégage ?

Carney: Les deux. D'abord, je l'ai dit à maintes reprises : oui. Premier point. Ensuite, parce que je comprends la nécessité de ce consensus, je suis un premier ministre qui peut contribuer à le créer. On ne peut pas créer un consensus seul, mais il faut mener des processus qui associent les provinces et le secteur privé. N'oubliez pas que j'ai une vaste expérience. Ce n'est pas qu'un concept pour moi. J'ai participé à d'importants projets énergétiques pendant plus de trente ans dans le secteur privé. J'ai donc l'expérience nécessaire pour mobiliser les provinces, travailler avec des partenaires autochtones et mettre en place ce dispositif – car nous avons des milliards de dollars de financement pour ces partenaires autochtones – en faisant appel à quelqu'un comme Tim Hodgson, qui, lorsqu'il était PDG d'Hydro One, était l'une des rares grandes entreprises à avoir mis en place un programme de partenariat avec les Autochtones d'envergure qui a réellement fonctionné. Nous mettons donc en place les éléments nécessaires. Nous devons tenir nos promesses.

Permettez-moi d'insister sur un autre point, car je sais que vous avez lu mon livre attentivement. Au cœur de ma vision de la transition énergétique se trouve l'avenir du Canada, et notamment son rôle de superpuissance énergétique : un avenir à faible risque. Le Canada est un pays où les risques sont faibles pour les investissements. Les coûts sont bas. Nous réduisons les coûts, y compris ceux des sables bitumineux, dont la production marginale est peu coûteuse. Et les émissions de carbone sont faibles. Ces trois éléments sont indissociables. Nous avons tous les atouts en main. Unissons nos efforts et agissons. Et il faudra bien plus qu'un seul pipeline pour y parvenir.